Vision macro 2026 : le MES, un gisement de business majeur pour les intégrateurs
Pourquoi le MES devient un standard de l’industrie 4.0, et pourquoi l’opportunité est encore loin d’être “prise”
En 2026, la transformation digitale de l’industrie n’est plus un sujet “innovation”. C’est une question de compétitivité, de résilience et de capacité à tenir les exigences de qualité, de traçabilité et de délais dans un environnement instable. Dans ce mouvement, le MES (Manufacturing Execution System) s’impose progressivement comme la brique opérationnelle centrale de l’usine connectée : celle qui relie la planification (ERP) à l’exécution réelle en atelier.
Pour les intégrateurs, cette dynamique ouvre un marché vaste : beaucoup d’industriels sont encore insuffisamment équipés au niveau atelier, et la plupart des sites qui se digitalisent le font par étapes (pilotage performance, qualité, traçabilité, dématérialisation, puis extension multi-lignes / multi-sites). La conséquence est simple : le MES ne génère pas un “projet unique”, mais un cycle de projets.
2026 : un terrain encore très sous-équipé côté atelier
Même si la digitalisation progresse, les indicateurs européens montrent un retard structurel, surtout dans les PME/ETI (qui représentent une grande partie du tissu industriel).
Eurostat met en évidence qu’une large proportion des PME de l’UE reste à un niveau de digitalisation faible : dans l’édition “Digitalisation in Europe 2024”, la majorité des PME se situent à un niveau de “digital intensity” faible ou très faible (environ 33,8% faible et 42,3% très faible).
Même si ces indicateurs ne mesurent pas “le MES” directement, ils traduisent une réalité de terrain : des organisations encore loin d’un pilotage atelier systématique, en temps réel et standardisé.
À l’échelle des pratiques atelier, d’autres enquêtes confirment ce décalage. Le Manufacturing Leadership Council rapporte qu’en 2024, 70% des industriels déclarent encore saisir des données manuellement (symptôme typique d’un pilotage atelier peu outillé, ou trop dépendant du papier/tableur).
Autrement dit : en 2026, beaucoup d’usines “fonctionnent” numériquement (ERP, parfois WMS/GMAO), mais restent fragiles au niveau exécution.
Pourquoi le MES devient un standard de l’industrie 4.0
L’industrie 4.0 promet connectivité, données, automatisation, IA. Mais dans la réalité, ces promesses se heurtent à une condition préalable : une donnée atelier fiable, contextualisée, exploitable. Or c’est précisément le rôle du MES : capter et structurer l’exécution (OF, opérations, états machine, qualité, rebuts, traçabilité, arrêts…), puis la restituer aux équipes et aux systèmes (ERP, GMAO, BI…).
Un signal fort : les industriels collectent de plus en plus de données, mais peinent à les transformer en décisions. Rockwell Automation indique qu’en 2025, les industriels déclarent n’utiliser efficacement qu’environ 44% des données collectées (en hausse vs 2024, mais encore insuffisant).
C’est exactement l’espace où le MES crée de la valeur : passer de la donnée brute à la donnée actionnable, au bon moment, pour le bon rôle (opérateur, superviseur, maintenance, qualité, direction industrielle).
En parallèle, les études “smart manufacturing” montrent une orientation budgétaire claire : Deloitte souligne que les industriels investissent massivement dans les initiatives “smart manufacturing” (fondations data, capteurs, analytics, cloud, etc.).
Le MES devient alors le “hub” opérationnel : il donne un cadre aux flux atelier, et rend ces investissements cohérents au quotidien.
Le business “MES 2026” : pourquoi c’est un marché énorme pour les intégrateurs
Un marché qui croît (et donc une demande qui se structure)
Les cabinets d’études marché projettent une croissance soutenue du marché MES sur la seconde moitié des années 2020, avec des trajectoires de CAGR autour de ~10% et une hausse significative de la taille de marché d’ici 2030.
Même si les chiffres varient selon les périmètres (logiciel seul vs services associés), la tendance est robuste : le MES n’est plus un “outil niche”.
Une opportunité “multi-projets”, pas un lot unique
Le point le plus important pour un intégrateur, c’est la mécanique économique :
- Un MES démarre souvent par un pilote (1 ligne / 1 atelier / 1 enjeu).
- Puis vient l’extension fonctionnelle (qualité, traçabilité, maintenance, documentation, AIC, etc.).
- Ensuite l’extension périmètre (multi-lignes, multi-sites).
- Enfin, l’optimisation continue (KPI, analytics, standardisation, interfaçages additionnels).
Cette trajectoire est cohérente avec le constat du Manufacturing Leadership Council sur la standardisation progressive des données : beaucoup d’industriels n’y sont pas encore, mais l’attendent à horizon 2030.
Donc, en 2026, il y a un boulevard pour les intégrateurs capables de proposer une trajectoire et non un projet “one shot”.
“X% d’industriels mal équipés” : comment l’argumenter proprement en 2026
Plutôt que d’inventer un pourcentage “MES”, le plus solide est d’utiliser des indicateurs proxy (acceptés en macro-économie / transformation digitale) :
- 76% des PME de l’UE sont classées “faible” ou “très faible” en intensité digitale (Eurostat).
- 70% des industriels déclarent encore saisir des données manuellement (Manufacturing Leadership Council).
- Les entreprises disent n’utiliser efficacement que 44% des données collectées (Rockwell, 2025).
En 2026, une majorité de sites reste insuffisamment outillée au niveau atelier : données encore manuelles, visibilité temps réel incomplète, exploitation partielle des données. C’est exactement le rôle du MES : structurer l’exécution et rendre la donnée actionnable.
Pourquoi c’est LE moment pour les intégrateurs en 2026
Parce que le MES renforce l’ERP (et augmente le panier projet)
La question “j’ai un ERP, pourquoi un MES ?” devient une opportunité commerciale : l’ERP planifie et consolide, le MES exécute et fiabilise. Le duo sécurise les données, améliore l’adoption terrain et accélère la valeur. (Et donc augmente naturellement le panier projet, sans “complexifier pour complexifier”.)
Parce que le MES est une brique “foundation” pour le reste
IA, jumeau numérique, analytics… sans données atelier fiables, ce sont des promesses difficiles à industrialiser. McKinsey note une forte perception d’applicabilité des digital twins, avec déjà une part importante d’organisations qui les mettent en œuvre — ce qui suppose, en pratique, des fondations data industrielles solides.
Conclusion : 2026, une fenêtre stratégique à saisir
En 2026, le MES est en train de devenir un standard de l’industrie 4.0, non pas parce que “tout le monde en parle”, mais parce que les chiffres montrent :
- une digitalisation encore insuffisante des PME/ETI,
- une dépendance persistante aux saisies manuelles,
- et une exploitation incomplète des données collectées.
Pour les intégrateurs, cela correspond à un gisement de projets à forte valeur ajoutée, mais surtout à un cycle de business récurrent : pilote → extension fonctionnelle → extension périmètre → optimisation continue.
